Le 7 juillet 2021, des hommes armés, certains étrangers, pénétraient la résidence présidentielle de Jovenel Moïse, l’assassinaient sauvagement, et quittaient la scène sans résistance. Ce crime odieux, aux contours encore nébuleux, n’a pas seulement coûté la vie à un chef d’État : il a plongé Haïti dans une spirale de chaos dont elle ne parvient toujours pas à sortir.
Quatre ans après, que reste-t-il ? Pas de justice, pas de vérité, pas de paix. L’enquête, à l’image de l’État haïtien, est morcelée, silencieuse, comme si le poids du crime était trop lourd pour les institutions locales. À Port-au-Prince, le parquet n’a même pas accès au serveur du système de surveillance de la résidence présidentielle. Le cœur du dossier les images, les preuves a disparu dans un trou noir de complicités et d’omissions. Pendant ce temps, aux États-Unis, des condamnations sont tombées : John Joël Joseph, Rodolphe Jaar, Mario Palacios… Mais ici, sur le sol où le sang a coulé, l’impunité règne.
L’assassinat de Jovenel Moïse a marqué le début d’une nouvelle ère : celle de la désintégration accélérée. Plus de 85 % de la capitale est désormais sous contrôle des gangs, selon les dernières données, et la violence s’étend aux provinces : Artibonite, Centre, Nord, personne n’est épargné. L’économie est en chute libre. L’inflation frôle les sommets, le chômage s’étend, et la pauvreté, déjà massive, devient structurelle.
Une opposition devenue pouvoir sans vision ni courage
Ceux qui promettaient un avenir meilleur une fois Jovenel écarté sont désormais aux commandes. Qu’ont-ils fait en quatre ans ? Rien, ou si peu. Même pas 10 % des projets entamés sous le gouvernement précédent n’ont été poursuivis. Pire encore, les services publics sont en état de mort clinique : moins d’électricité, moins de routes, moins de soins, moins d’éducation. À ce rythme, l’État s’efface et ne laisse derrière lui qu’un territoire livré aux seigneurs de guerre modernes.
Le Conseil présidentiel de transition, mis en place dans l’urgence et l’ambiguïté, semble plus préoccupé par les équilibres de pouvoir que par l’intérêt général. L’organisation des élections reste un mirage. Et le peuple, encore une fois, est relégué au rang de spectateur d’un théâtre politique qui ne le représente plus.
L’alliance toxique du secteur privé et des politiciens
Dans cette tragédie nationale, un groupe émerge clairement : celui des profiteurs du chaos. Une frange du secteur privé, prédatrice et cynique, s’est alliée à des politiciens déconnectés, parfois élus avec moins de 0,1 % de participation, pour capter les dernières ressources nationales. Subventions détournées, contrats opaques, monopoles protégés tout cela pendant que les enfants d’Haïti meurent de faim et que les jeunes fuient le pays par milliers, vers les jungles de Darién ou les ghettos de Tijuana.
Culture de peur et silence collectif
Quatre ans que la peur musèle les langues. Quatre ans que les intellectuels se taisent, que les organisations se figent, que la société civile n’ose plus protester. Même la presse, autrefois farouchement critique, semble sous anesthésie. Le bruit des armes a remplacé celui des idées. Le spectacle est désormais assuré par les bandits, les politiciens, les influenceurs du chaos : ils chantent, ils dansent, pendant que le pays brûle.
Et maintenant ?
La question qui obsède chacun reste sans réponse : quand la justice sera-t-elle faite ? Pas seulement pour Jovenel Moïse, mais pour tout un peuple pris en otage. Le silence des puissants, l’inaction des autorités, l’indifférence des institutions internationales : tout cela nourrit l’impunité.
Pourtant, Haïti n’est pas condamnée. Son peuple a déjà prouvé, à travers l’histoire, sa résilience extraordinaire. Mais aucune nation ne peut se relever sans vérité, sans justice, sans institutions solides. Il est temps de nommer les choses, de désigner les responsables, de mettre fin à cette mascarade politique où les bourreaux deviennent ministres et les victimes, des ombres oubliées.
Aujourd’hui, cela fait quatre ans que le président Jovenel Moïse a été assassiné. Mais c’est tout un pays que l’on continue de tuer à petit feu.



