Liberté d’expression un droit pas une licence

En Haïti la parole publique est omniprésente. Radios télévisions journaux réseaux sociaux l’expression circule librement parfois sans filtre. Pourtant une confusion persiste dans l’opinion publique. La liberté d’expression n’est pas synonyme d’impunité.

Le décret du 31 juillet 1986 sur la presse et la répression des délits de presse rappelle une vérité essentielle. La liberté d’expression est un droit fondamental mais son exercice est encadré par la loi afin de protéger l’ordre public la justice et la dignité des personnes.

Le délit de presse suppose un élément de publicité. Dès lors qu’une information est diffusée par la radio la télévision la presse écrite ou tout autre support accessible au public elle tombe sous le contrôle de la loi. Beaucoup l’ignorent ou feignent de l’ignorer croyant que le micro ou les réseaux sociaux autorisent tous les excès. C’est une erreur grave.

La loi interdit notamment la publication d’actes d’accusation de plaintes d’assignations ou de décisions judiciaires sans l’autorisation expresse de la loi ou du juge compétent. Cette interdiction vise à empêcher que les médias ne se substituent aux tribunaux. La justice ne se rend ni sur les ondes ni sur la place publique mais dans les prétoires.

Plus préoccupant encore toute prise de position ou tout commentaire destiné à influencer les témoins les jurés ou les juges avant une décision judiciaire constitue un délit de presse. En Haïti cette pratique est malheureusement fréquente. Des personnes sont publiquement jugées et condamnées avant même d’avoir été entendues par un tribunal. Ce phénomène viole un principe fondamental de l’État de droit la présomption d’innocence.

Le décret réprime également d’autres comportements contraires à l’éthique journalistique comme l’obtention frauduleuse de la carte professionnelle de journaliste la publication de documents portant atteinte à la morale de l’enfance et de la jeunesse ou encore la manipulation d’œuvres interdites pour contourner la loi. Ces actes ne relèvent pas de l’information mais de l’abus.

Il convient toutefois de le souligner avec force. Rappeler l’existence des délits de presse ne signifie pas museler la presse. Au contraire il s’agit de préserver la crédibilité du débat public. Une société où tout se dit sans rigueur sans preuves et sans responsabilité n’est pas une société libre mais une société livrée à la confusion.

Les journalistes animateurs éditorialistes et influenceurs exercent une influence considérable sur l’opinion publique. Leurs paroles peuvent éveiller les consciences mais aussi détruire des réputations fragiliser des vies et aggraver les tensions sociales. C’est précisément pour cette raison que la loi encadre l’exercice de la liberté d’expression non pour faire taire mais pour responsabiliser.

Dans un contexte national déjà marqué par l’insécurité la fragilité institutionnelle et la crise sociale le pays ne peut se permettre un désordre supplémentaire celui de la parole publique. La presse doit éclairer informer et dénoncer lorsque cela est nécessaire mais dans le respect de la loi de la vérité et de la dignité humaine.

La liberté d’expression n’est pas un droit absolu.
Elle est une liberté responsable.
Et c’est à ce prix seulement qu’elle peut servir la démocratie et la justice.

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