Le samedi 7 février 2026 restera dans l’histoire politique d’Haïti comme un moment clé de transition. Alix Didier Fils-Aimé a officiellement pris les rênes du pouvoir exécutif, assumant à la fois le rôle de Premier ministre et la direction du ministère de l’Économie et des Finances. À la tête du Conseil des ministres et de facto leader intérimaire du pays, il se présente comme le garant de la continuité de l’État jusqu’à l’investiture du futur président. Mais derrière la solennité des annonces protocolaires, une interrogation lourde plane. Que peut-on réellement attendre de ce nouveau leadership ?
Fils-Aimé n’est pas un novice sur la scène politique haïtienne. Ancien Premier ministre du Conseil présidentiel de transition et dirigeant du Conseil supérieur de la police nationale, il connaît les rouages du pouvoir. Mais son bilan à la tête du CSPN laisse des zones d’ombre inquiétantes. Les massacres de Wharf Jérémie en décembre 2024, perpétrés par le chef de gang Micanor Altès alias Wa Mikanò, ont coûté la vie à plus d’une centaine de civils. La Primature les a fermement condamnés, mais les promesses de justice n’ont jamais été suivies d’actions concrètes. À ce jour, auteurs et complices restent impunis.
Pendant près d’une année, les opérations contre les gangs armés qui déstabilisent le pays ont été quasi inexistantes. L’attaque de Kenscoff en janvier 2025 illustre dramatiquement cette inertie. Malgré des informations précises sur l’offensive, aucune mesure concrète n’a été prise pour protéger les habitants. Ces échecs répétés de l’État à protéger ses citoyens ont nourri la méfiance populaire et fragilisé le fragile contrat social haïtien.
Aujourd’hui, Alix Didier Fils-Aimé cumule des pouvoirs considérables. Sa responsabilité est immense. Il doit restaurer la sécurité, assurer la bonne marche de l’administration publique, dialoguer avec les forces vives de la nation et préparer des élections crédibles. La communauté internationale se dit prête à soutenir sa démarche, mais l’histoire récente rappelle qu’un appui diplomatique, aussi solide soit-il, ne suffit pas à garantir des résultats tangibles. Les échecs d’Ariel Henry et Garry Conille en témoignent.
Le défi qui se présente à Fils-Aimé est colossal. Il doit conjuguer fermeté contre les gangs et efficacité administrative tout en gagnant la confiance d’une population épuisée par l’inaction de l’État. L’ombre des prédécesseurs plane, mais une véritable chance existe de rompre avec les erreurs passées. Si le Premier ministre parvient à mobiliser ses forces et à engager un processus électoral crédible, il pourrait devenir le symbole d’une transition réussie. Faute de quoi, l’histoire retiendra une nouvelle occasion manquée dans le long chemin d’Haïti vers la stabilité.
Haïti n’attend plus de discours, mais des actes. Chaque décision et chaque mesure sera scrutée par une nation meurtrie mais vigilante. La question est simple et lourde. Alix Didier Fils-Aimé saura-t-il rétablir la sécurité et organiser des élections crédibles ? L’avenir apportera la réponse.



