Les violences sexuelles et sexistes à Port‑au‑Prince connaissent une hausse alarmante, selon un récent rapport de Médecins Sans Frontières (MSF). L’organisation humanitaire dénonce une augmentation de 30 % à plus de 55 % des violences sexuelles collectives, avec une majorité de cas liés à des gangs armés. Plus de 65 % des incidents récents impliquent des groupes armés, tandis que 58 % des agressions sont commises par trois auteurs en moyenne, illustrant une organisation croissante de ces violences.
Les femmes et les filles restent les principales cibles dans un contexte d’insécurité généralisée et de déplacements forcés. Entre 2020 et 2025, près de 20 % des patients de la clinique Pran Men’m ont subi des agressions sexuelles répétées. Dans les camps de réfugiés de Port‑au‑Prince, 53 % des femmes et 35 % des enfants sont des personnes déplacées. Depuis 2022, le nombre de survivantes déplacées accueillies par la clinique a été multiplié par vingt. La précarité et la présence de groupes armés aggravent leur vulnérabilité et restreignent l’accès aux soins et à la protection.
Le rapport souligne également un écart considérable entre les besoins et l’aide effective. Sur 1,5 million de personnes nécessitant des services liés aux violences sexuelles et sexistes en 2025, MSF visait à soutenir 833 000 personnes, mais seulement 7 % ont réellement reçu de l’assistance. Le délai d’accès aux soins pose un risque sanitaire majeur. Depuis 2022, seulement 33 % des survivants consultent dans les trois jours suivant l’agression, contre près des deux tiers auparavant, exposant 67 % des victimes à un risque accru de transmission du VIH. Pour la contraception d’urgence, la proportion de consultations dans les cinq jours suivant l’agression a chuté de 72 % à 41 %, laissant 59 % des survivants sans protection.
Les obstacles à l’accès aux soins sont multiples. Peur, stigmatisation, insécurité et manque d’information. Au moins 68 % des survivants interrogés dénoncent la stigmatisation, 23 % craignent le rejet de leur communauté, et 10 % ont développé des idées suicidaires. Le coût des soins, le transport dangereux et l’ignorance des services gratuits 83 % des victimes aggravent la situation. De plus, le personnel non formé contribue parfois à la revictimisation, et la justice reste perçue comme inefficace, retardant les dépôts de plainte.
Face à cette crise, MSF lance un appel urgent aux autorités haïtiennes et aux organisations locales. L’organisation réclame des soins gratuits, sûrs et respectueux de la dignité des survivants, ainsi qu’une formation renforcée du personnel médical, policier et judiciaire pour éviter la revictimisation. Elle insiste sur la délivrance de certificats médicaux légalement reconnus par les infirmières et sages-femmes et la nécessité de campagnes de sensibilisation pour lutter contre la stigmatisation.
MSF souligne enfin l’importance d’une coordination efficace et immédiate pour protéger et soutenir les survivants. L’organisation appelle à la mise à jour régulière des outils d’orientation vers les services et à la formation du personnel de sécurité afin d’assurer un accompagnement rapide, digne et efficace pour toutes les personnes affectées par les violences sexuelles et sexistes à Port‑au‑Prince.



