À l’approche du 7 février 2026, date charnière de la transition politique, le choix du juge Jean Joseph Lebrun comme futur président provisoire révèle de profondes divergences au sein de la classe politique et de la société civile. Présentée par certains comme une solution de stabilité, cette désignation est perçue par d’autres comme le résultat d’une démarche unilatérale, porteuse de risques pour la crédibilité du processus de transition.
Les secteurs réunis autour de l’Initiative du 24 avril assument pleinement leur décision. Selon l’ancien sénateur Jean Renel Sénatus, une commission de cinq membres a été mise en place afin d’examiner les options possibles et d’éviter que le pays ne se retrouve dans un vide institutionnel à l’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT). Après le refus d’autres magistrats sollicités, le président de la Cour de cassation, Jean Joseph Lebrun, aurait accepté de jouer ce rôle. Pour les initiateurs de cette démarche, son accord constitue un pas décisif vers la continuité de l’État et la prévention de troubles politiques et sociaux.
Cependant, cette lecture est vivement contestée par le Consensus Politique pour le Redressement National et la Réorientation de la Transition, qui regroupe plus de 200 partis politiques et organisations de la société civile. Sans s’opposer au principe qu’un juge de la Cour de cassation puisse diriger la transition, cette plateforme critique sévèrement la méthode employée. Elle dénonce une procédure jugée opaque, expéditive et peu concertée, rappelant que toute sortie de crise durable repose avant tout sur le dialogue, l’inclusivité et le consensus.
Cette opposition met en lumière une fracture persistante entre les acteurs politiques. D’un côté, ceux qui privilégient l’urgence et la prévention du vide institutionnel ; de l’autre, ceux qui estiment qu’aucune décision majeure ne peut être légitime sans une large concertation nationale. L’initiative de la commission d’écrire au coordonnateur du CPT, Laurent Cyr, et au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour solliciter une rencontre traduit d’ailleurs la conscience que ce choix reste contesté et doit encore être débattu.
Au-delà de la personne de Jean Joseph Lebrun, c’est la gouvernance même de la transition qui est en question. Qui décide, au nom de qui et selon quelles procédures ? Tant que ces interrogations resteront sans réponses claires et partagées, chaque initiative, aussi bien intentionnée soit-elle, risque d’alimenter la méfiance et d’approfondir les divisions.
À quelques mois de l’échéance du 7 février 2026, l’enjeu n’est donc pas seulement d’assurer la continuité institutionnelle, mais aussi de préserver la légitimité politique de la transition. Faute de consensus et de transparence, celle-ci pourrait s’ouvrir dans un climat de contestation, fragilisant davantage un processus déjà confronté à de lourds défis.



