La crise sécuritaire qui secoue Haïti ne serait pas uniquement le résultat d’interventions ou d’ingérences étrangères. Elle serait également alimentée par des complicités internes qui favorisent le développement des groupes armés. C’est l’un des principaux messages du président salvadorien Nayib Bukele dans une adresse au peuple haïtien, au cours de laquelle il a évoqué l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines pour dénoncer les trahisons qui, selon lui, continuent de fragiliser le pays.
Dans son intervention, le dirigeant salvadorien revient sur la mort du père de l’indépendance, assassiné en 1806 par d’anciens compagnons d’armes. Il établit un parallèle entre cet épisode historique et la situation actuelle d’Haïti, estimant que les intérêts personnels de certains dirigeants et acteurs influents prennent encore le dessus sur l’intérêt collectif et l’avenir de la nation.
Nayib Bukele met particulièrement en cause les individus qui participeraient au financement des gangs, à leur approvisionnement en armes et à différentes activités criminelles, notamment le trafic de drogue. Selon lui, les groupes armés ne pourraient maintenir leur emprise sur plusieurs territoires sans l’appui de réseaux locaux qui leur apportent des ressources et une certaine protection.
Le président salvadorien invite ainsi les Haïtiens à regarder au-delà des responsables visibles de la violence et à s’interroger sur les véritables sources de financement et d’approvisionnement des organisations criminelles. Il soulève notamment la question des acteurs qui permettent aux gangs de terroriser la population, de provoquer des déplacements massifs et de détruire le tissu social.
En invoquant l’héritage de Jean-Jacques Dessalines, Bukele place également la souveraineté nationale au cœur de son discours. Il appelle à une mobilisation collective pour reprendre le contrôle des communautés et faire face à l’insécurité, tout en réaffirmant la volonté de son pays d’apporter son soutien à Haïti.
Au-delà de la portée politique de cette intervention, la question des complicités économiques et institutionnelles constitue un enjeu majeur dans la lutte contre les groupes armés. Sans enquêtes approfondies, poursuites judiciaires et sanctions contre ceux qui financent, arment ou protègent les réseaux criminels, les opérations sécuritaires risquent de ne produire que des résultats temporaires.
Pour les milliers de familles déplacées, les victimes d’enlèvements et les citoyens qui vivent quotidiennement sous la menace des groupes armés, l’urgence demeure le rétablissement de la sécurité, la liberté de circulation et la possibilité de vivre dignement sur le territoire national.



