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Haïti

Hausse du carburant : le peuple paie, silence incompréhensible des acteurs politiques

Les politiciens haïtiens brillent aujourd’hui par leur silence. Face à l’augmentation vertigineuse des prix des produits pétroliers entrée en vigueur le 2 avril 2026, aucune opposition significative ne s’est manifestée. Pas de prises de position claires, pas de débats publics, pas de propositions alternatives. Ce mutisme prolongé s’apparente désormais à un soutien implicite, sinon assumé, aux décisions de l’exécutif, au moment même où la population s’enfonce davantage dans la précarité.

Cette absence de réaction est d’autant plus frappante lorsqu’on la compare à la situation de juillet 2018. À l’époque, une hausse bien plus modeste du prix du carburant avait suffi à déclencher une mobilisation nationale d’ampleur. La rue s’était enflammée, portée par un ras-le-bol généralisé, et les acteurs politiques s’étaient également exprimés, chacun tentant de se positionner dans un contexte de forte pression populaire. Aujourd’hui, alors que l’augmentation dépasse les deux cent trente gourdes, la classe politique reste étrangement silencieuse.

Sur le terrain, les conséquences de cette décision sont pourtant immédiates. Le coût du transport augmente progressivement, affectant directement travailleurs, étudiants et petits commerçants. Dans les marchés, les prix des produits de première nécessité grimpent, rendant l’accès à l’alimentation de plus en plus difficile. Pour de nombreuses familles, cela se traduit par des sacrifices quotidiens, avec des repas réduits, des déplacements limités et l’abandon de certains besoins essentiels.

Face à cette réalité, le rôle des politiciens aurait dû être clair, tout comme sous le président Jovenel Moïse lorsque ce dernier avait voulu ajouter quinze gourdes sur le prix des produits pétroliers à l’époque. Leur devoir était de porter la voix des citoyens, questionner les choix du gouvernement et proposer des alternatives. Mais en choisissant de se taire, ils envoient un message lourd de sens. La défense des intérêts de la population passe désormais au second plan.

Ce silence peut être interprété comme une volonté de préserver une certaine stabilité institutionnelle, voire comme un alignement stratégique avec le pouvoir en place. Mais cette posture comporte des risques majeurs. À court terme, elle peut donner l’illusion d’une cohésion au sommet de l’État. À long terme, elle accentue la fracture entre dirigeants et gouvernés, nourrissant un sentiment d’abandon et de méfiance au sein de la population.

Parallèlement, la population semble s’être faite plus passive, sans manifestations ni autres formes de protestation. Là où, en 2018, une hausse limitée avait provoqué une explosion de colère, la situation actuelle s’accompagne d’une résignation apparente. Mais cette accalmie n’est pas synonyme d’acceptation. Elle traduit plutôt un épuisement collectif, alimenté par l’insécurité persistante, la dégradation des conditions économiques et la lutte quotidienne pour la survie. Dans un tel contexte, protester devient un luxe que beaucoup ne peuvent plus se permettre.

Ainsi, le pays semble évoluer dans une logique inversée. Plus la crise s’aggrave, moins les réactions politiques et populaires sont visibles.

Le véritable danger ne réside pas uniquement dans la hausse des prix des carburants, mais dans l’acceptation progressive de situations autrefois jugées inacceptables. Une société qui cesse de réagir et des dirigeants qui cessent de parler ouvrent la voie à une normalisation du déséquilibre.

Le silence des politiciens n’est pas un simple oubli ni une absence passagère. Il traduit un choix assumé. Dans un pays où chaque décision économique pèse sur la survie des plus fragiles, ce mutisme revient à décider de ne pas s’opposer.

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