Le Réseau National des Journalistes Haïtiens (RENAJOUH) a confirmé ce dimanche 29 mars 2026, avec consternation, l’exécution de deux journalistes, Osnel Espérance de Radio Uni et Junior Célestin de Radio-Télé Méga Star, disparus depuis le vendredi 13 mars 2026. Selon l’organisation, les deux professionnels de l’information ont été tués le soir même de leur enlèvement, après avoir été attirés dans un guet-apens au centre-ville de Port-au-Prince.
D’après les informations recueillies, les deux journalistes se trouvaient au Champ-de-Mars lorsqu’ils ont reçu un appel les invitant à se rendre en urgence à la Grand-Rue afin de vérifier une information. Depuis ce moment, ils n’avaient donné aucun signe de vie. À la suite d’une enquête de proximité menée par le RENAJOUH, appuyée par des indices retrouvés sur leurs téléphones, l’organisation affirme que leur enlèvement n’était pas un acte fortuit, mais bien prémédité.
Le RENAJOUH pointe du doigt le groupe armé « Baz 5 Segond », dirigé par le chef de gang connu sous le nom d’Izo 5 Segond, opérant dans la zone de Village-de-Dieu. L’organisation dénonce un « acte barbare » et un crime de plus contre la liberté d’expression en Haïti, soulignant que cet assassinat constitue une attaque directe contre les fondements démocratiques et l’État de droit.
Dans son communiqué, le réseau insiste sur le fait qu’aucune collaboration supposée entre les journalistes et les forces de l’ordre ne saurait justifier un tel acte. Il note cependant que de plus en plus de journalistes, notamment dans la presse en ligne, coopèrent avec les autorités en tant qu’informateurs, un phénomène qui les expose davantage aux représailles des groupes armés. Le RENAJOUH appelle ainsi ces professionnels à faire preuve de la plus grande prudence.
L’organisation exprime ses condoléances aux familles des victimes, à leurs collègues et à l’ensemble de la corporation journalistique, durement touchée par cette perte. Elle appelle également la Police Nationale d’Haïti à sortir de son silence et à faire toute la lumière sur cette affaire, notamment en clarifiant l’existence éventuelle de liens entre les victimes et l’institution policière, ainsi que les conditions de sécurité qui auraient pu leur être accordées.
Le RENAJOUH exhorte par ailleurs la Direction Centrale de la Police Judiciaire à ouvrir une enquête approfondie, en collaboration avec les compagnies de téléphonie mobile, afin de retracer l’appel qui a conduit les deux journalistes à leur destination fatale.
Ce drame survient dans un contexte déjà marqué par une insécurité croissante et une vulnérabilité accrue des travailleurs de la presse. À quelques jours de la commémoration, le 3 avril, des 26 ans de l’assassinat du journaliste Jean Léopold Dominique, ce nouveau crime ravive les appels à la justice, à la protection des journalistes et à la lutte contre l’impunité en Haïti.
Le RENAJOUH conclut en exigeant que les responsables de ces assassinats soient identifiés, arrêtés et traduits en justice, afin que de tels actes ne restent pas impunis et que la liberté de la presse puisse être préservée dans le pays.



