La situation qui prévaut actuellement au parquet de Port-au-Prince est aussi alarmante que révélatrice du profond malaise qui gangrène le système judiciaire haïtien. Depuis plusieurs jours, une partie du barreau, exaspérée et en colère, paralyse les activités du tribunal pour exiger le départ du commissaire du gouvernement, Me Frantz Monclair. À leurs yeux, ce dernier serait coupable de corruption et de pratiques illicites, des accusations graves qui, si elles sont avérées, constituent une menace directe pour la crédibilité de la justice dans notre pays.
Cette crise n’est pas qu’un simple bras de fer entre des avocats et un magistrat. Elle incarne l’impasse d’un système judiciaire déjà fragilisé par des décennies d’ingérence politique, d’impunité, et de perte de confiance populaire. À cela s’ajoute aujourd’hui une nouvelle fracture institutionnelle, au cœur même du parquet de la capitale, qui laisse entrevoir un système à bout de souffle, incapable de garantir à la fois l’équité et l’intégrité.
Face à cette situation préoccupante, l’Organisation citoyenne pour une nouvelle Haïti (OCNH) a haussé le ton. Le 27 juillet dernier, elle a publiquement interpellé le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Dr Patrick Pélissier, l’exhortant à agir sans délai. L’OCNH appelle à l’ouverture d’une enquête menée par l’Inspection judiciaire du ministère, mais va plus loin encore : elle demande la création d’une commission d’enquête indépendante, seule à même de garantir un processus transparent, objectif, et à l’abri de toute influence politique.
Cette proposition est non seulement légitime, mais nécessaire.
Dans un pays où la justice est trop souvent perçue comme instrumentalisée, il devient urgent de faire preuve de rigueur, de transparence et de responsabilité. Les allégations portées contre Me Frantz Monclair ne peuvent être ignorées ni traitées à la légère. Elles exigent une réponse institutionnelle ferme, rigoureuse, et surtout crédible. Car à défaut de rétablir la vérité, cette crise risque d’enraciner davantage la méfiance du peuple haïtien envers ses institutions judiciaires.
Le ministre de la Justice doit aujourd’hui assumer ses responsabilités. Il lui revient d’agir rapidement, non seulement pour apaiser une situation déjà explosive, mais surtout pour envoyer un signal fort : en Haïti, personne n’est au-dessus des lois. Et que lorsque la justice est entachée, c’est l’État de droit lui-même qui vacille.
Ce n’est qu’en confrontant les faits, en écoutant toutes les parties concernées, et en prenant les mesures qui s’imposent que l’on pourra espérer restaurer un minimum de confiance dans la justice haïtienne. C’est un test pour nos institutions. Un test pour notre démocratie. Et surtout, un moment décisif pour prouver que l’impunité ne peut plus être la règle.
Il est temps de remettre la justice sur les rails.



