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Haïti

Quand le pouvoir fait parler et se dédire

Il y a des paroles qui engagent et d’autres que le pouvoir finit par rattraper. Leslie Voltaire ex-coordonnateur du Conseil présidentiel de transition CPT en offre aujourd’hui une illustration troublante. En l’espace de quelques semaines le discours a changé au point de donner l’impression que la parole publique n’est plus un cap mais une variable d’ajustement.

D’abord l’annonce solennelle. Les membres du CPT quitteraient leurs fonctions le 7 février 2026 date marquant la fin de leur mandat. Une déclaration claire presque rassurante dans un pays épuisé par les transitions interminables. Puis le 18 janvier face à certains partis politiques le ton se modifie. Finalement les conseillers ne quitteraient pas leurs postes. Mieux encore une autre piste est avancée réduire la composition du Conseil de neuf membres à cinq voire trois. Ce qui devait être une sortie devient un réaménagement. Ce qui semblait une certitude se transforme en hypothèse.

Entre temps lors de sa visite à Jérémie le 12 janvier Leslie Voltaire évoquait une formule politique capable de satisfaire 60 pour cent de la classe politique sans heurter la communauté internationale. Une équation audacieuse presque impossible tant les intérêts sont divergents et la méfiance profonde. Mais cette formule censée être arrêtée avant le 7 février révèle surtout une autre réalité. Le pouvoir fait parler et parfois trop. Il pousse à promettre à corriger à se contredire au gré des pressions et des rapports de force.

Car parler depuis le pouvoir n’est jamais un acte neutre. Chaque mot prononcé par un conseiller du CPT devient un signal politique scruté, interprété, instrumentalisé. À force de multiplier les annonces contradictoires le discours perd de sa force et la confiance s’effrite. L’opinion publique déjà sceptique se demande si elle doit croire aux dates aux engagements ou aux hommes.

Plus grave encore cette cacophonie révèle une difficulté à se parler au sein même du pouvoir. Si le Conseil présidentiel de transition était un espace de dialogue réel de décisions assumées et collectives les déclarations publiques ne donneraient pas le sentiment d’improvisation permanente. Le pouvoir ne devrait pas seulement faire parler les conseillers. Il devrait aussi les obliger à se parler entre eux à trancher avant de s’adresser au pays.

À moins d’un mois de l’échéance annoncée la confusion entretenue autour du départ ou du maintien du CPT fragilise davantage une transition déjà chancelante. Gouverner ce n’est pas seulement chercher une formule qui arrange 60 pour cent des acteurs. C’est aussi respecter la parole donnée et assumer ses conséquences.

En définitive l’épisode Leslie Voltaire rappelle une vérité simple et cruelle. Le pouvoir révèle les hommes autant qu’il les transforme. Et lorsque la parole vacille c’est toute la crédibilité de l’État qui tremble. Haïti, elle n’a plus le luxe d’écouter des discours qui changent au rythme des calculs politiques. Elle attend des actes et surtout une parole qui tienne.

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