Une série de partis et d’organisations politiques haïtiennes ont annoncé la signature le mercredi 12 novembre 2025 d’un document intitulé « Consensus politique pour le redressement national et la réorientation de la transition ». Parmi les signataires figurent Ede, Pitit Desalin, Veye Yo, KID, Tèt Ansanm pou le Sauvetage Haïtien, Tapsa, Ansanm Nou Fò, Partage, OSPRH, ROSPO, OCDER, PPG18, Solution, Akò Istorik 14 Août, Mopelid et Palmis. Le texte propose une transition d’un an visant à conduire le pays jusqu’au 7 février 2027 et préconise la mise en place d’un exécutif bicéphale ainsi qu’un Comité national de suivi et de contrôle de la transition (CNSCT).
À première vue, l’initiative pourrait sembler une lueur d’espoir pour un pays en quête de stabilité et de gouvernance crédible. Cependant, il est impossible de passer sous silence une contradiction majeure. Ces mêmes formations politiques étaient profondément impliquées dans le processus qui a conduit à la mise en place du Conseil présidentiel de transition (CPT). Elles ont été, de près ou de loin, parties prenantes d’un gouvernement qui, par leur propre aveu, a échoué.
Comment peuvent-elles se présenter comme arbitres d’un redressement national alors qu’elles ont contribué aux échecs qu’elles dénoncent aujourd’hui ? La tentative de rejouer le scénario en proposant un exécutif à deux têtes ou en définissant un calendrier électoral jusqu’au quatrième trimestre 2026 ne peut masquer une réalité, le manque de légitimité de ceux qui prétendent conduire une nouvelle transition.
La démocratie et la gouvernance responsable ne peuvent être restaurées par des acteurs qui ont déjà échoué dans la gestion du pouvoir. Ce n’est pas une question d’idéaux ou de propositions séduisantes mais de crédibilité et de responsabilité politique. Proposer un consensus politique à partir de l’intérieur d’un système défaillant revient à vouloir réécrire l’histoire avec les mêmes plumes qui ont signé l’échec.
Pour que la transition haïtienne retrouve un sens, il faudra impliquer des acteurs réellement neutres et compétents, capables de tirer les leçons des erreurs passées et de construire des institutions républicaines solides. Les signataires actuels, bien que visibles, ne répondent pas à ce critère fondamental. La population, qui aspire à des élections libres, inclusives et crédibles, mérite mieux que des répétitions d’un processus dont l’issue a déjà été tragiquement prévisible.
En politique, la légitimité n’est pas un titre que l’on se donne, c’est un crédit que l’on gagne par des actes responsables. Et sur ce point, ces formations restent largement en défaut.



