Liancourt, nouveau symbole d’un État en sursis

Liancourt, commune désormais livrée à la loi des gangs, s’ajoute tristement à la longue liste des territoires perdus par la République. Ce mardi, au moins trois agents de l’UDMO ont été abattus par le gang « Gran Grif », qui a eu l’audace de repartir avec les corps de ces policiers tombés en service. Une scène insoutenable, un affront de plus à la nation et à son autorité déliquescente.

Face à cette tragédie, l’indignation est totale. Mais l’indignation, à elle seule, ne suffit plus. Ce massacre survient alors même qu’une réunion stratégique de haut niveau s’est tenue la veille à la Primature, rassemblant les principaux responsables de la sécurité nationale et les partenaires internationaux de la Mission multinationale de soutien. Objectif affiché : enrayer la violence, éradiquer les gangs, restaurer la souveraineté de l’État. Pourtant, sur le terrain, les balles continuent de parler plus fort que les discours.

La population, exténuée par des années d’insécurité, regarde ces initiatives avec scepticisme. Car pour chaque plan d’action annoncé, ce sont des cadavres qui jalonnent nos rues. Pour chaque sommet de sécurité convoqué, une commune tombe sous la coupe des criminels. L’incompréhension devient rage, la peur devient exode. À Liancourt comme ailleurs, des familles fuient, abandonnant tout, tandis que les forces de l’ordre, pourtant braves et dévouées, sont trop souvent livrées à elles-mêmes, sans moyens, sans renforts, sans stratégie cohérente.

Le commandant en chef de la Police nationale, Rameau Normil, est désormais face à ses responsabilités. Que fait-il pour protéger ses hommes ? Que fait l’État pour réaffirmer son autorité ? Les opérations dites « exceptionnelles » promises lors de la réunion du 21 juillet doivent cesser d’être des slogans. Il est urgent de passer à l’acte, de déployer massivement les forces armées, d’ouvrir des corridors humanitaires, de reconquérir mètre par mètre les territoires perdus.

La présence de la Mission multinationale n’a de sens que si elle s’accompagne d’un sursaut national, d’un réveil des institutions et d’une réelle volonté politique. Ce combat, Haïti ne peut pas le sous-traiter : il est d’abord le sien.

L’heure n’est plus aux annonces, mais aux résultats. Il en va de la survie de la nation, du respect dû aux policiers tombés, et de l’avenir d’un peuple pris en otage. Liancourt doit être le dernier cri d’alarme, pas un nom de plus gravé sur la tombe de la République.

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