La commune de Kenscoff, située dans le département de l’Ouest d’Haïti, était autrefois un havre de paix, prisé pour ses pique-niques, ses paysages verdoyants et ses journées récréatives en montagne. Aujourd’hui, elle sombre dans une spirale de violence qui menace la stabilité de toute la région. Depuis la fin du mois de janvier 2025, cette localité paisible est devenue le théâtre d’affrontements violents entre des gangs lourdement armés et les forces de l’ordre. Une situation qui plonge la population dans un climat de peur et d’incertitude.
Après avoir mis à genoux Port-au-Prince, les groupes criminels semblent décidés à étendre leur emprise jusqu’à Kenscoff. Des échanges de tirs nourris, l’utilisation d’armes automatiques et même de drones kamikazes rythment désormais le quotidien des résidents, contraints de fuir pour échapper aux violences.
Les conséquences sont dramatiques : maisons incendiées, citoyens enlevés, activités agricoles totalement paralysées. Une tragédie pour une population dont la subsistance repose principalement sur la culture maraîchère et l’élevage.
Le rayonnement touristique de Kenscoff n’est plus qu’un lointain souvenir. Fort Jacques, Wynn Farm et le mont Montcel sont désertés. Les écoles ont cessé d’organiser des sorties pédagogiques, et les familles vivent désormais retranchées, coupées du monde.
Face à cette crise sécuritaire, les réponses de l’État haïtien et de la Police nationale demeurent largement insuffisantes. Malgré le soutien d’une force multinationale, les bandes armées renforcent leurs positions, allant jusqu’à défier ouvertement les institutions chargées d’assurer l’ordre public.
Un contraste saisissant s’installe entre les déclarations optimistes de certains responsables politiques, comme Louis Gérard Gilles, membre du Conseil présidentiel de transition, et la réalité du terrain. « La situation sécuritaire en Haïti connaît une amélioration significative depuis l’arrivée du Conseil présidentiel, et l’insécurité sera résolue d’ici la fin du mois d’août 2025 », a-t-il déclaré. Une affirmation qui sonne creux pour les habitants de Kenscoff, livrés à eux-mêmes.
Ces derniers appellent de leurs vœux un sursaut de l’État haïtien. Ils exigent des actions fermes, rapides et décisives pour reprendre le contrôle des territoires occupés. Car, dans un pays qui célèbre plus de deux siècles d’indépendance, l’impunité des gangs constitue un affront flagrant à la souveraineté nationale.



