Jean-Charles Moïse revient sur la scène politique haïtienne avec la constance d’un opposant qui, depuis des années, choisit la rupture comme marque de fabrique. Après près de quatre années passées dans l’ombre des sphères dirigeantes, l’ancien sénateur renoue avec un discours de contestation radical, rejetant toute légitimité au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et fermant la porte à tout dialogue politique.
Cette posture tranche avec son passé récent. Moïse a été au cœur de l’appareil d’État, collaborant avec les gouvernements successifs et participant à la mise en place du Conseil présidentiel de transition, où il avait Emmanuel Vertilaire comme représentant. Sans oublier que, sous le gouvernement d’Ariel Henry, il avait Liszt Quitel comme représentant. Aujourd’hui, il se présente en parangon de la critique, dénonçant un pouvoir qu’il qualifie d’illégitime et accusant ses dirigeants de concentrer les pouvoirs au détriment de la transition.
Mais derrière cette radicalité se profile un calcul politique clair. Après des années passées à naviguer dans les rouages du pouvoir, Moïse semble opérer un repositionnement stratégique, reconvertissant son expérience gouvernementale et sa proximité passée avec l’exécutif en un argument d’opposition crédible. Cette transformation n’est pas nouvelle. L’histoire politique haïtienne montre un Moïse capable de se reconstruire régulièrement en dénonciateur du système, au gré des circonstances et des échéances électorales.
La présidentielle de 2027 est déjà dans toutes les têtes et, pour Moïse, revenir à un discours de rupture permet de rallumer l’image d’un opposant inflexible, d’un homme de la contestation. En se distanciant du pouvoir auquel il a été associé, il espère capter l’attention d’un électorat sensible aux postures de défiance et aux dénonciations des failles du système. L’éternel opposant, en somme, transforme l’usure de ses anciennes alliances en un capital politique qu’il mise sur la mémoire courte de l’opinion.
Jean-Charles Moïse reste fidèle à une stratégie connue, la proximité avec le pouvoir pour en observer les failles, puis la dénonciation frontale pour reconquérir la scène publique. Dans ce rôle, il apparaît moins comme un idéologue que comme un tacticien politique, dont le parcours illustre l’art de l’opposition haïtienne, capable de renaître à chaque cycle électoral.



