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Élections en Haïti : entre illusion démocratique et réalité de la peur

Alors que le Conseil électoral provisoire (CEP) maintient son calendrier et affiche sa détermination à avancer, la réalité du terrain impose un constat implacable : aucune élection crédible, libre et sécurisée ne peut se tenir dans les conditions actuelles. L’annonce, le vendredi 31 octobre, de la mise à disposition du projet de décret électoral aurait pu susciter l’espoir d’un retour à la normalité démocratique. Mais elle résonne plutôt comme une dissonance tragique dans un pays où la peur a remplacé la vie publique.

Depuis plusieurs mois, l’insécurité dicte sa loi. Dans la capitale comme dans les provinces, les gangs armés étendent leur emprise, contrôlant des routes nationales, des quartiers entiers, parfois même des institutions publiques. Le département de l’Ouest, cœur politique et économique du pays, est fragmenté en zones de non-droit. L’Artibonite, jadis grenier agricole, est aujourd’hui théâtre d’affrontements meurtriers.
Dans un tel contexte, comment imaginer que des bureaux de vote puissent ouvrir leurs portes, que des électeurs puissent circuler librement, que des candidats puissent faire campagne sans risquer leur vie ?

Les élections ne se résument pas à un acte administratif, encore moins à un symbole. Elles supposent un espace de liberté, une garantie de sécurité, une confiance minimale entre les institutions et les citoyens. Rien de tout cela n’existe aujourd’hui.
Les autorités, incapables de rétablir l’ordre, peinent à assurer la sécurité des écoles, des hôpitaux, des marchés… à plus forte raison celle d’un scrutin national.

À vouloir coûte que coûte maintenir le calendrier électoral, le CEP risque de transformer l’exercice démocratique en mascarade politique. Car voter sous la menace d’une arme, c’est abdiquer sa souveraineté. C’est légitimer la peur plutôt que la volonté populaire.

Le pays n’a pas besoin d’élections précipitées, mais d’un climat de sécurité, de justice et de confiance. Avant de parler d’urnes, il faut parler de routes dégagées, de commissariats fonctionnels, de quartiers libérés.
L’urgence n’est pas d’organiser un scrutin, mais de rétablir les conditions mêmes de la démocratie. Car l’existence de celle-ci est menacée en Haïti.

En maintenant son calendrier, le CEP prend le risque d’inscrire son nom dans l’histoire non pas comme l’institution qui a relancé la vie politique du pays, mais comme celle qui a cautionné l’illusion d’un vote impossible.
Il ne peut y avoir d’élections libres et crédibles là où règne la terreur.

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