Le brasier qui a réduit en cendres l’hôtel Oloffson dans la nuit du 5 au 6 juillet 2025 n’a pas seulement consumé un bâtiment emblématique du patrimoine haïtien. Il a surtout mis en lumière l’impuissance dramatique et désormais chronique d’un gouvernement qui, à force d’indignation stérile, s’est retranché dans un théâtre de promesses vides.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le Conseil présidentiel de transition (CPT) et la direction policière de Rameau Normil s’évertuent à dénoncer les violences, promettre des actions « sans tolérance » et affirmer que « toutes les ressources sont mobilisées ». Mais ces mots résonnent de plus en plus creux, tant les faits contredisent systématiquement les communiqués. Aucun quartier significatif n’a été repris aux mains des gangs. Au contraire, le territoire national se morcelle au rythme de leur expansion méthodique.
Le symbole que représentait l’hôtel Oloffson, temple du journalisme, de la culture et de la mémoire haïtienne, n’a pas freiné les assauts. Que vaut une mobilisation nationale décrétée dans un communiqué, si sur le terrain, drones kamikazes, unités spécialisées, forces multinationales et agents de la PNH peinent à inverser la moindre dynamique ? Que vaut une indignation solennelle quand la réalité est celle d’un État reclus, barricadé derrière des murs de discours, pendant que la population meurt à ciel ouvert ?
Ce qui choque autant que la violence, c’est l’incapacité politique à la contrer. À quoi sert une transition si elle ne prépare rien d’autre qu’un statu quo militarisé ? Quel sens a une autorité qui, tout en disposant d’un appareil sécuritaire pléthorique, reste paralysée par l’indécision, les calculs partisans et une gestion de crise inefficace ? Le gouvernement, dans sa composition actuelle, semble plus préoccupé par sa survie institutionnelle que par celle du peuple haïtien.
Les appels à l’unité nationale ne peuvent porter fruit que s’ils s’accompagnent d’un minimum de crédibilité. Or, la réalité est brutale : ce pouvoir ne rassure plus, ne protège plus et ne gouverne plus. Les flammes de l’Oloffson auront peut-être le mérite de raviver cette évidence trop longtemps tue : il est temps pour ces dirigeants de céder la place à une nouvelle équipe, compétente, courageuse et réellement engagée dans la reconquête du pays.
Le banditisme n’est pas invincible. Mais il l’est devenu dans le regard d’un pouvoir qui a cessé d’y croire, ou pire, qui s’en accommode. Le moment est venu de réinventer l’autorité, avant que ce ne soit la barbarie qui achève de se déclarer souveraine.



