Pour la première fois depuis des décennies, la commune mystique de Saut-d’Eau, située dans le Plateau Central, n’a pas célébré la traditionnelle fête de Notre-Dame du Mont-Carmel ce 16 juillet. Cette date, sacrée pour des milliers de pèlerins haïtiens, marque habituellement un grand rassemblement spirituel autour de la Vierge miracle. Mais cette année, le silence a remplacé les prières, les chants et les danses.
La raison est tragique : la ville est désormais sous le contrôle total de groupes armés, notamment les « Talibans de Canaan » et le tristement célèbre gang « 400 Mawozo ». L’insécurité croissante a empêché tout déplacement vers la zone, transformant ce haut lieu de spiritualité en territoire interdit.
Marie Andrée Ruth Thélus, mairesse de Saut-d’Eau, n’a pas caché son indignation. Dans une déclaration faite au nom du conseil communal, elle s’est dite profondément attristée par cette situation inédite. « C’est un coup dur non seulement pour les fidèles catholiques, mais aussi pour toute la communauté de Saut-d’Eau qui vit une dépossession de son patrimoine spirituel et culturel », a-t-elle déploré.
La mairesse appelle à une mobilisation nationale, exhortant les forces politiques et les acteurs sociaux à faire front commun contre les gangs armés. « Il est urgent que les déplacés de Saut-d’Eau et de Mirebalais puissent regagner leur communauté en toute sécurité. Cela passe par une vraie union contre les violences qui déchirent notre pays », a-t-elle martelé.
Chaque année, des milliers de pèlerins, souvent pieds nus, gravissent les sentiers de Saut-d’Eau pour se purifier dans ses célèbres chutes d’eau et rendre hommage à la Vierge. L’annulation de cette célébration majeure souligne une fois de plus l’impact dramatique de la violence des gangs sur la vie sociale, religieuse et économique du pays.
En attendant un retour à la paix, les habitants de Saut-d’Eau restent privés d’une tradition qui leur est chère et Haïti, d’un symbole d’unité et d’espérance.



