La République dominicaine a franchi un nouveau cap dans le durcissement de sa politique migratoire. Lundi, le président Luis Abinader a remis 50 camions et 8 autobus à la Direction générale des migrations (DGM), dans le but explicite d’intensifier les opérations d’expulsion des étrangers en situation irrégulière, en particulier les Haïtiens. Grâce à cette dotation, la DGM dispose désormais d’un total de 118 véhicules pour mener à bien ces opérations.
Ce geste présidentiel intervient dans un climat déjà tendu. La veille, dimanche 27 avril, la DGM annonçait avoir interpellé 1 122 ressortissants haïtiens, dont 1 044 ont été expulsés par divers points frontaliers. Le chiffre, impressionnant, reflète l’accélération des mesures migratoires.
Dès le lendemain, les images venues de Dajabón étaient saisissantes : des centaines d’Haïtiens, chargés de leurs effets personnels, traversaient la frontière à bord de camions de déménagement, de motocargos à trois roues ou à pied, fuyant un territoire qui leur devient de plus en plus hostile.
Les réactions recueillies auprès des expulsés par le journal Listín Diario sont partagées. Certains dénoncent la brutalité des contrôles et la peur généralisée dans les communautés haïtiennes en territoire dominicain. D’autres reconnaissent la légitimité du gouvernement dominicain à faire appliquer ses lois migratoires, mais s’inquiètent du manque d’alternatives pour les migrants haïtiens, nombreux à fuir l’insécurité et la misère dans leur pays d’origine.
Cette vague d’expulsions massives intervient dans un contexte où Haïti est plongée dans une profonde crise institutionnelle et sécuritaire. Le pays, largement désorganisé, n’a ni les ressources ni les infrastructures nécessaires pour accueillir dans la dignité ces retours massifs.
Le gouvernement dominicain, de son côté, justifie ses actions par la nécessité de renforcer la souveraineté nationale et de lutter contre l’immigration irrégulière. Toutefois, ces mesures soulèvent des préoccupations croissantes parmi les défenseurs des droits humains et les observateurs internationaux, qui pointent du doigt le traitement souvent arbitraire réservé aux migrants.
À mesure que les expulsions se multiplient, la frontière entre les deux nations devient une ligne de tension humaine et politique. Et pour des milliers de migrants haïtiens, la traverser signifie retourner vers l’incertitude, avec pour seul bagage un avenir toujours aussi flou.