Haïti : quand l’insalubrité devient la norme

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Dans les rues de Port-au-Prince et d’autres grandes villes haïtiennes, l’accumulation de déchets est omniprésente. Les canaux bouchés, les trottoirs recouverts de détritus et les odeurs insupportables donnent une image ternie d’un pays dont la gestion des déchets est en crise.

L’une des causes majeures de cette situation réside dans l’absence d’éducation environnementale. Les enfants ne sont pas sensibilisés aux enjeux de la propreté et de la protection de l’environnement dès le plus jeune âge. Les écoles ne privilégient pas l’enseignement du tri sélectif, et dans les foyers, jeter les déchets dans la rue est une habitude courante. Cette mentalité collective transforme la rue en une sorte de prolongement de la poubelle domestique, une habitude difficile à éradiquer en l’absence de sensibilisation et d’une prise de conscience générale.

Cependant, le problème de l’insalubrité en Haïti ne se résume pas à un simple problème de comportement. L’État haïtien porte une part importante de responsabilité dans cette crise. Le système de collecte des déchets est quasiment inexistant, notamment dans les quartiers populaires où les ordures s’entassent parfois pendant des semaines. Le manque d’infrastructures adaptées, comme les centres de tri ou de recyclage, aggrave la situation. Pire encore, aucune politique environnementale efficace n’est mise en place pour gérer les déchets de manière durable. Lors de la saison des pluies, ces amas de détritus sont emportés par les eaux, obstruant les canalisations et provoquant des inondations catastrophiques. Malgré tout, les gouvernements successifs semblent incapables d’apporter des solutions durables, et les quelques initiatives privées restent insuffisantes face à l’ampleur du problème.

Au-delà des défaillances de l’État, l’attitude de la population constitue un autre facteur inquiétant. Bien que certains citoyens luttent pour maintenir leur environnement propre, une large partie de la population adopte une posture fataliste face à l’insalubrité. La saleté s’est progressivement imposée comme une norme tolérée, voire banalisée. Les panneaux interdisant de jeter des ordures deviennent eux-mêmes des cibles de déchets, un paradoxe révélateur du manque de discipline et du respect des espaces publics.

Cette indifférence collective trouve ses racines dans un profond désespoir. Pourquoi se soucier de l’environnement lorsqu’il y a des crises économiques, de l’insécurité et une instabilité politique omniprésentes ? Cette mentalité contribue malheureusement à enfoncer Haïti dans un cycle de dégradation continue.

La propreté devrait être perçue comme une responsabilité partagée et non comme un combat individuel vain. En attendant, les rues de Port-au-Prince, tout comme d’autres coins du pays, continueront d’être le théâtre de panneaux « Pa jete fatra la », devenus des symboles d’un État défaillant et d’une société en quête de discipline et de respect de l’environnement.

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