L’insécurité en Haïti : un calvaire supplémentaire pour les travailleuses du sexe

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Dans un contexte marqué par une insécurité croissante et une violence omniprésente, les travailleuses du sexe en Haïti subissent de plein fouet les conséquences d’une crise sans précédent. Les gangs armés, les conditions économiques précaires et l’absence de protection sociale transforment leur activité en un parcours semé d’embûches et de dangers.

Ce secteur du corps social haïtien, déjà stigmatisé et marginalisé, se retrouve en première ligne de l’insécurité. L’absence d’un cadre légal protecteur les expose à des agressions physiques, sexuelles et psychologiques, souvent perpétrées par des clients ou des membres de gangs armés. Ces derniers imposent parfois des taxes ou exploitent ces travailleuses en échange d’une relative ‘’protection’’. « Avant de me baser à Pétion-Ville, je travaillais au champ de mars. Sur chaque client reçu, je devais payer entre 50 et 100 gourdes à un groupe ‘’nèg lari’’ qui avait le contrôle de chaque travailleuse.» Nous informe *Nenie, travailleuse du sexe depuis tantôt 7 ans.

« La violence est constante. Nous n’avons personne pour nous protéger, et aller à la police est inutile. Ils nous considèrent comme des guetteuses au service des gangs et des fois nous traitent de criminelles », ajoute une autre travailleuse du sexe à la rue Rigaud, Pétion-Ville, sous couvert d’anonymat.

L’insécurité limite les déplacements des clients dans les zones dangereuses, réduisant ainsi les revenus des travailleuses du sexe. Cette réalité aggrave la situation économique de ces femmes, leur poussant de plus en plus vers une pauvreté extrême. « Certains jours, je n’ai aucun client. Les gens ont peur de sortir ou n’ont pas d’argent. Cela rend nos vies encore plus difficiles », explique une travailleuse fonctionnant à la rue Louverture, Pétion-Ville.

Qu’en est-il des risques sanitaires ?

L’accès aux soins de santé, notamment pour la prévention et le traitement des maladies sexuellement transmissibles (MST), est fortement compromis. Il est clair que les organisations de soutien communautaire, souvent les seules à offrir des services adaptés, sont freinées dans leurs actions par l’insécurité. Par ailleurs, les travailleuses peuvent être contraintes d’accepter des conditions risquées, comme des rapports non protégés, sous la pression économique ou des menaces directes. Plusieurs nous ont avoué qu’elles sont déjà obligées plus d’une fois, d’avoir des relations sexuelles sans protection sous pression ou par peur de perdre une offre alléchante.

Dans ce climat de violence, la traite des personnes prospère. Des femmes et des jeunes filles vulnérables sont souvent recrutées sous de faux prétextes avant d’être exploitées dans des réseaux de prostitution contrôlés par des gangs. Ces victimes, piégées dans un cycle de violence et de coercition, ont peu de moyens pour s’échapper. On peut se souvenir des multiples vidéos qui faisaient la une sur les réseaux sociaux montrant des jeunes filles s’exhibant avec des membres de gangs et aussi de jeunes femmes exécutées par ces derniers. Ces jeunes sont souvent recrutées par un quelconque intermédiaire au service du gang ou d’un puissant chef de gang, leur promettant un salaire afin de participer à ces pratiques populairement baptisées ‘’Krèy’’. Une fois d’accord le piège se referme, elles sont souvent forcées d’offrir leurs services à la volonté des malfrats régulièrement.

L’insécurité en Haïti exacerbe les risques et les défis auxquels sont confrontées les travailleuses du sexe. Une réponse globale nécessiterait une amélioration des conditions de sécurité, une dépénalisation partielle ou une reconnaissance des droits des travailleuses du sexe, et un accès accru aux services de santé et de soutien psychosocial.

Nanie est un nom d’emprunt pour identifier l’une de nos interviewées, qui nous a dévoilé son identité.

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