Le féminisme en Haïti est un mouvement qui s’est construit dans un contexte de luttes sociales et politiques, souvent marqué par des périodes de dictature, de crises économiques et d’instabilité. Voici un aperçu de son histoire, de ses figures marquantes et de ses acquis.
Les grandes étapes
Période pré-indépendance et XIXe siècle : Premières résistances féminines
Pendant la période coloniale, des femmes esclaves comme Cécile Fatiman ont joué un rôle important dans la Révolution haïtienne (1791-1804).
Après l’indépendance en 1804, les femmes ont été largement exclues du pouvoir politique et de l’éducation.
Années 1930-1950 : Naissance du féminisme organisé
1934 : Création de la première organisation féministe, la Ligue Féminine d’Action Sociale (LFAS), fondée par des femmes comme Alice Garoute et Yvonne Hakim-Rimpel. Elles militent pour l’éducation des filles et le droit de vote des femmes.
1950 : Les femmes obtiennent enfin le droit de vote sous la présidence de Dumarsais Estimé.
Années 1957-1986 : La dictature des Duvalier et la répression
Sous François et Jean-Claude Duvalier, le féminisme est réprimé, mais des figures comme Yvonne Hakim-Rimpel continuent la lutte. Elle est enlevée et torturée en 1958 pour avoir dénoncé le régime.
Malgré la répression, des femmes comme Micheline Dusseck et Myriam Merlet poursuivent discrètement le combat.
Années 1986-2000 : Après la dictature, le renouveau du féminisme
1986 : Chute des Duvalier. Explosion des revendications féministes et création d’organisations comme SOFA (Solidarité Fanm Ayisyen) et Kay Fanm.
1991 : Premier gouvernement de Jean-Bertrand Aristide : les féministes influencent la politique publique.
1997 : Adoption du Plan National d’Égalité des Sexes, un premier pas vers des réformes institutionnelles.
Années 2000 à aujourd’hui : Féminisme intersectionnel et nouvelles luttes
L’émergence de féminismes plus radicaux, intersectionnels et inclusifs.
La lutte contre les violences faites aux femmes, les discriminations et l’accès à la justice sont au cœur des combats.
En 2018, le mouvement #PetroCaribeChallenge a vu de nombreuses féministes prendre la parole sur la corruption et ses impacts sur les femmes.
Quelques figures marquantes du féminisme haïtien
Alice Garoute : Militante de la Ligue Féminine d’Action Sociale, elle a défendu l’éducation des filles et le droit de vote.
Yvonne Hakim-Rimpel : Journaliste et féministe, persécutée sous Duvalier.
Mireille Neptune Anglade : Économiste et militante pour les droits des femmes.
Myriam Merlet : Féministe radicale, elle a travaillé pour la reconnaissance des violences faites aux femmes.
Anne Marie Coriolan : Engagée dans la lutte contre la violence domestique, elle a fondé l’organisation Kay Fanm.
Magalie Marcelin : Avocate et militante pour les droits des femmes et la justice sociale.
Acquis les plus importants du féminisme en Haïti
Droit de vote des femmes (1950)
Reconnaissance des violences faites aux femmes avec des lois contre le viol et la violence domestique (2005).
Mise en place du Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF) en 1995.
Légalisation du divorce par consentement mutuel (1982), une avancée majeure pour l’émancipation des femmes.
Inclusion du principe d’égalité des sexes dans la Constitution de 1987.
Quota de 30 % de femmes en politique (2012), bien que rarement respecté.
Malgré ces avancées, des défis subsistent, notamment l’accès à la justice, la violence de genre et la sous-représentation des femmes en politique. Le féminisme haïtien a donc une histoire riche, marquée par des luttes contre les dictatures, les violences et les inégalités. Aujourd’hui, la question clé reste : quel féminisme pour Haïti dans le contexte actuel ?
Ce petit clin d’œil sur le féminisme en Haïti est une façon de mettre en lumière les pionnières du mouvement. Les femmes de cette génération qui continuent de lutter pour les droits des leurs sont toutes saluées, même si leurs noms n’y sont pas cités.