Barrières, production de l’année pour Haïti

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En 2024, Haïti, pays aux prises avec une insécurité chronique, a vu émerger un phénomène sans précédent : la prolifération de barrières dans de nombreux quartiers urbains et ruraux. Ces constructions improvisées, érigées par des habitants en quête de protection, symbolisent autant l’ingéniosité populaire que la désintégration de l’État de droit.

Face à la montée en puissance des gangs armés et à l’impuissance des autorités à garantir la sécurité publique, les communautés ont pris les choses en main. Dans des quartiers comme Canapé-Vert, Nerette, ou encore à Morne Hercule, les habitants ont décidé d’ériger des barrières ou des barricades faits de blocs de béton, de métaux recyclés et parfois même de pneus. Ces structures visent à contrôler les points d’entrée et de sortie, limitant ainsi les incursions des groupes armés.

« Les barrières sont devenues une nécessité. Elles nous permettent de surveiller qui entre et qui sort de notre quartier », explique Maxo, un habitant de Juvénat. Pour de nombreuses familles, ces constructions représentent un élément de sécurité minimale dans un contexte où la peur est omniprésente.

La prolifération des barrières en Haïti est le reflet direct de l’effondrement de l’État et de ses institutions. En l’absence de forces de l’ordre efficaces, les citoyens se retrouvent à improviser leur propre sécurité. Cette situation met en lumière l’urgence d’une réforme globale des structures étatiques. Pour beaucoup d’analystes politiques, « l’insécurité et la réaction des citoyens traduisent une faillite complète de l’État haïtien. Tant que cette crise institutionnelle persistera, ces initiatives improvisées ne feront que souligner l’état de désarroi collectif ».

Malgré les nombreux défis posés par les barrières, elles sont devenues un symbole de résilience pour une population déterminée à survivre dans des conditions extrêmement précaires. Mais cette résilience seule ne peut suffire à bâtir un avenir durable. L’avenir du pays dépendra de la capacité de ses dirigeants et de sa société civile à restaurer un climat de sécurité et de confiance, sans quoi les barrières risquent de devenir la triste norme.

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